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Orpaillage clandestin : détruire les sites ne suffit plus

Plus de 8 500 sites déguerpis depuis 2021, 1 114 démantelés en sept mois et des milliers d’interpellations : la Côte d’Ivoire mène une offensive soutenue contre l’orpaillage illégal. Pourtant, l’activité clandestine continue de gagner certaines zones, révélant les limites d’une réponse fondée principalement sur la fermeture des sites.

La lutte contre l’orpaillage illégal s’intensifie en Côte d’Ivoire. Les forces de sécurité multiplient les opérations, saisissent les équipements et interpellent les personnes impliquées. Malgré cette mobilisation, le phénomène reste présent et constitue désormais un enjeu qui dépasse largement la seule exploitation aurifère.

Le Conseil national de sécurité a relevé en juillet 2026 la persistance et l’extension du phénomène sur le territoire national. Cette situation pose une question essentielle : comment expliquer la résilience d’une activité combattue depuis plusieurs années ?

Une offensive qui produit des résultats

De janvier à juillet 2026, le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI) de la Gendarmerie nationale a démantelé 1 114 sites et interpellé 1 531 personnes.

Les opérations ont permis la saisie de 4,4 kilogrammes d’or, de 244 groupes électrogènes, 255 barres de dynamite et 2 541 motopompes. Plusieurs milliers d’abris et d’équipements utilisés pour l’exploitation ont également été détruits.

Depuis 2021, le bilan dépasse 8 500 sites déguerpis et 4 474 personnes déférées devant la justice. Les saisies portent notamment sur environ 136 kilogrammes d’or et plus de 960 millions de FCFA.Ces chiffres témoignent de l’ampleur de la mobilisation, mais aussi de la difficulté à venir à bout d’une activité qui s’adapte aux opérations de contrôle.

La fermeture d’un site peut en effet entraîner le déplacement des exploitants vers une autre zone. Derrière cette mobilité se trouvent des circuits de financement, d’approvisionnement en matériel et de commercialisation de l’or.

L’enjeu est donc désormais de dépasser la seule présence sur les sites pour identifier les responsables, les financiers et les éventuelles complicités qui permettent à ces activités de se maintenir.

Des conséquences qui dépassent les zones d’exploitation

L’impact de l’orpaillage clandestin se fait particulièrement sentir sur l’environnement et les activités rurales.

L’exploitation dégrade les sols, détruit la végétation et fragilise les espaces agricoles. Des parcelles cultivables peuvent être transformées en zones d’extraction, compromettant leur utilisation future.

La pollution des ressources en eau constitue une autre source d’inquiétude. À Agboville, la pollution du fleuve Agbo a récemment perturbé l’approvisionnement en eau potable. Les activités d’orpaillage clandestin pratiquées en amont ont été mises en cause.

Cet épisode rappelle qu’un problème local peut rapidement avoir des conséquences sur plusieurs communautés. Une ressource hydrique dégradée affecte potentiellement la consommation domestique, l’agriculture, l’élevage et la pêche.

L’orpaillage illégal apparaît ainsi également comme un enjeu de sécurité environnementale et de protection des populations.

Une réponse à repenser

La technologie peut contribuer à améliorer la surveillance. Drones, images satellitaires, GPS et outils de cartographie offrent la possibilité de détecter plus rapidement les nouvelles exploitations et de faciliter les interventions.

Mais la surveillance ne suffira pas à elle seule. La question économique reste déterminante. Dans certaines localités, l’orpaillage procure des revenus rapides. Lorsque les sites sont fermés sans alternatives, une partie des acteurs peut être tentée de reprendre l’activité ailleurs.

Le développement de l’agriculture, de la formation professionnelle, de l’artisanat et d’autres activités génératrices de revenus doit donc accompagner la répression.

La réhabilitation des espaces dégradés constitue également une étape essentielle. Fermer un site ne remet pas automatiquement les terres en état. Leur restauration permettrait de leur redonner une vocation agricole ou économique et de réduire le risque de nouvelles exploitations.

Au final, le véritable défi pour la Côte d’Ivoire n’est plus seulement de fermer les sites clandestins. Il consiste à empêcher leur réapparition.

Cela suppose une stratégie combinant action judiciaire contre les réseaux, surveillance du territoire, protection des ressources naturelles, réhabilitation des terres et développement d’alternatives économiques.

La Côte d’Ivoire a considérablement renforcé sa riposte. Mais le succès de cette politique se mesurera moins au nombre de sites détruits qu’à la capacité du pays à réduire durablement l’emprise de l’orpaillage clandestin sur ses territoires, ses ressources naturelles et ses populations.

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