La Côte d’Ivoire s’apprête à franchir une étape décisive dans sa transition énergétique avec la mise en service de la première centrale électrique à biomasse d’envergure industrielle en Afrique de l’Ouest. Située à Ayebo, dans le département d’Aboisso, cette installation innovante ambitionne d’exploiter les résidus de palmiers à huile pour produire une électricité plus verte et durable.

Portée par le consortium BIOVEA Énergie – réunissant EDF, Meridiam et SIFCA –, cette centrale affiche une capacité de 46 mégawatts (MW). Son impact dépasse largement la seule production énergétique : elle ouvre la voie à une économie circulaire impliquant directement les petits producteurs agricoles, tout en renforçant la souveraineté énergétique du pays. En effet, environ 12 000 petits planteurs seront concernés et percevront chaque année près de 20 milliards de FCFA pour la vente de leurs résidus de palmiers. De plus, les cendres issues de la combustion, riches en potassium, seront utilisées comme engrais naturel, réduisant ainsi le gaspillage et favorisant une agriculture plus durable.
Une technologie innovante et durable
L’électricité produite à Ayebo repose sur un principe similaire à celui des centrales thermiques classiques, mais avec une source d’énergie renouvelable. Dans une centrale à gaz, l’eau est chauffée grâce à la combustion du gaz, générant de la vapeur qui fait tourner une turbine pour produire de l’électricité. À Ayebo, ce même processus sera mis en œuvre, mais en utilisant la combustion de résidus de palmiers à huile à la place du gaz. Cette approche permet de valoriser les déchets agricoles tout en réduisant l’empreinte carbone du pays.
Un projet pilote aux ambitions régionales
L’inauguration de cette centrale marque un tournant pour la Côte d’Ivoire, qui ambitionne d’atteindre 45 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2030. Ce projet pourrait ainsi servir de modèle pour d’autres initiatives similaires dans la sous-région. D’ailleurs, si son exploitation s’avère économiquement viable, d’autres centrales biomasse verront le jour à San Pedro, Soubré, Dabou et sur l’autoroute du Nord (PK-24), ainsi que dans d’autres pays africains producteurs de palmier à huile comme le Nigeria, le Cameroun et le Gabon.

Avec 24 projets de production d’électricité à partir de biomasse actuellement en phase d’étude, dont une centrale de 73,6 MW utilisant des résidus de cacao à Divo et une autre de 25 MW exploitant les tiges de coton à Ferkessédougou, la Côte d’Ivoire se positionne comme un futur leader en matière d’énergie renouvelable en Afrique de l’Ouest.
En plus de répondre à la demande énergétique nationale, cette dynamique pourrait permettre au pays d’exporter massivement son électricité vers ses voisins, consolidant ainsi son rôle clé dans le marché énergétique régional.
